Depuis le début de mes engagements politiques il y a quasiment un demi-siècle j’ai souvent dit, avec la plupart de mes camarades de combats, que « tout est politique ». Mais en admettant aussi que, dans ce « tout », il y a divers degrés.
Restons dans le domaine des paroles ou des actions qui sont publiques : le décret que signe un ministre ou l’arrêté que prend un maire sont des actes éminemment politiques qui ont des conséquences politiques, c’est-à-dire des conséquences sur la vie de la communauté. Mais le choix de passer telle chanson populaire plutôt que telle autre sur une radio n’est pas non plus neutre politiquement, même si les effets n’en sont pas perceptibles immédiatement.
En revanche, comment peut-on dire sans rire qu’un jugement de tribunal correctionnel qui provoque un séisme politique est juste un acte judiciaire et non pas un acte politique ? Vu les conséquences qu’il provoque dans le monde politique c’est forcément, aussi, un acte politique.
Les plus hauts responsables de l’ordre judiciaire, droits dans leurs bottes, proclament que les juges qui ont jugé Marine Le Pen ne l’ont fait qu’en fonction du droit. Et quand ils annoncent que le jugement en appel se tiendra dans des délais plus courts qu’à l’accoutumée et avant l’élection présidentielle, c’est uniquement judiciaire ? Ce n’est pas politique ? Bien sûr que le judiciaire intervient dans le politique. Nos responsables gagneraient en crédibilité s’ils l’admettaient franchement et notre démocratie se porterait mieux.